Devenir pro

Chez la plupart des jeunes coureurs, le désir d’une carrière professionnelle nait dans les rangs juniors, quand les premiers résultats commencent  à tomber.
Le coureur et plus encore son entourage se mettent à rêver d’une carrière professionnelle. Si pour certains champions juniors hors du commun, cela ne fait aucun doute, pour les 90 % restants, une décision et plus généralement un choix de vie s’imposent.
Le jeune coureur va se mettre à rechercher un club espoir d’une division lui permettant de se distinguer sur les plus belles courses et de se faire remarquer par ses résultats obtenus dans des épreuves prestigieuses.
Ceci implique souvent un déracinement géographique, culturel, familial et relationnel très pénibles, ce qui explique que beaucoup de juniors très bons renoncent sans que leur talent cycliste ne soit en cause.
Pour ceux qui réussissent leurs transferts, ils ont deux années pour se faire remarquer par leurs résultats. Dès sa première année espoir le coureur, pour peu qu’il ait quelques victoires au compteur, va être sollicité par d’autres clubs, il va alors attraper non seulement « la grosse tête » ou « le cigare » mais une maladie terrible que j’appelle la maladie de la « vache folle », celle qui consiste pour le jeune espoir à croire que l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté, autrement dit à croire qu’un changement de club va lui apporter tout ce qu’il lui manque.
C’est une maladie terrible, cause de bien des désillusions, car le manque ressenti par le coureur n’est, le plus souvent,  pas le fait de son club mais d’un manque de maturité personnelle et d’un comportement irrationnel de son entourage.
Autre erreur couramment répandue parmi les jeunes espoirs en réussite : croire que parce qu’ils ont gagné des courses et fait quelques résultats chez les espoirs, les managers des équipes pros en place vont se précipiter pour les faire signer ! Les pauvres ! Plus dure risque d’être la chute quand ils resteront, à la fin de la saison, des jours entiers à attendre que le téléphone sonne.
Qui n’a pas dans son entourage des coureurs dont on dit poliment « Ils avaient la caisse pour passer pro mais ils ont raté le coche ! »
Ceux-là  oublient les sages conseils que me donnait mon professeur :
« Il faut le savoir, le faire, le savoir faire et le faire savoir ! »
Tout le monde et surtout notre coureur prometteur croit qu’il va arriver tout seul, « comme un grand » à décrocher le contrat pro mirobolant dans l’équipe de ses rêves, malheureusement encouragé dans son délire par un entourage peu au fait des vraies mœurs du monde professionnel, de celui des équipes que l’on nomme couramment aujourd’hui « pro cycling team ».
Dans le meilleur des cas il décrochera un contrat merdique dans une équipe fantôme pour un salaire « plancher », très loin de ses prétentions d’origine. Il part pour au moins deux ans de galère qui le dégoûteront du cyclisme.
Il y a toujours dans l’entourage du coureur ou dans son club une sorte de « Huggy les bons tuyaux », vous savez, celui qui va vous obtenir une place dans l’équipe pro DUSCHMOLL parce qu’il connait le beau frère de la sœur du mécano de l’équipe ! Ca ne fait pas un pli notre coureur tient là le bon filon … pour rester dans son club à courir des courses de vétérans jusqu’à la fin de sa vie en regardant à la télé sur Eurosport les petits copains qu’il battait tous les dimanches dans la dernière bosse.

Obtenir un contrat pro
Hormis les cas miraculeux de coureurs dont le talent bien au dessus de la moyenne, font qu’ils sont sollicités directement par les équipes pros, la majorité des coureurs doit faire le pas vers les équipes professionnelles en place.
Cela le coureur ne peut pas le faire correctement tout seul, soit par manque de temps  (études…), soit par le fait de déplacements  incessants, soit tout simplement parce qu’il en est incapable !
Le coureur lui-même n’est pas le mieux placé pour vendre son talent à une équipe professionnelle. Les coureurs talentueux de moins de 23 ans sont pléthore, sans oublier ceux de plus de 23 ans qui n’ont pas renoncé à passer pro. Le coureur lambda est tout sauf incontournable !

De l’utilité de prendre un Agent
Vos aînés, lorsqu’ils voulaient passer pro, sans remettaient le plus souvent à une connaissance, une filière familiale (pour quelques grandes familles du vélo), ou le plus souvent « au petit bonheur la chance ».
Cette époque est révolue, tout s’est depuis plusieurs années professionnalisé dans le cyclisme sur route. Aujourd’hui pour obtenir le moindre job dans le staff d’une équipe pro il faut des qualifications et des références.
Les noyaux décisionnaires pour l’embauche d’un coureur ont muté. Avant le directeur sportif, sorte de second père pour les coureurs, avait carte blanche dans la limite de son (maigre) budget.
Aujourd’hui pour l’embauche d’un coureur pro, il faut, au mieux la décision conjointe de trois personnes (Manager général, directeur sportif, délégué du sponsor), inutile de dire que la difficulté d’emporter la décision est sans commune mesure avec ce qu’elle était antérieurement. Et encore nous nous plaçons là dans le cas où les résultats du coureur montrent indiscutablement son talent. La concurrence est autrement plus importante qu’avant.
Le montant du budget d’une équipe pro, dont la plus grosse partie est « avalée » par le poste  salaires et cotisations, fait que la pression est énorme sur les « recruteurs » qui cherchent à éviter toute erreur dans ce domaine. Recruter un coureur compétent coûte déjà plusieurs milliers d’euros, alors un incompétent…est hors de prix sans compter qu’il prend la place d’un autre resté sur le carreau malgré des résultats probants.
S’adjoindre les services d’un Agent peut être un facteur clé dans l’entreprise de passer pro.
L’atout maître qui fera la différence le moment venu.
En charge de tous les soucis « externes », il permet au coureur de se concentrer sur son futur métier pour que celui-ci reste surtout et d’abord un plaisir.

Etre un néo-professionnel
Le passage au professionnalisme est souvent une étape difficile pour un néo-pro et demande un certain temps d’adaptation.
Passer directement au sein d’une grosse équipe se révèle encore plus difficile pour un jeune coureur.
Certains d’entre eux doivent attendre plusieurs mois, quelquefois des années, avant de s’adapter à ces équipes d’un niveau très relevé et s’illustrer dans le peloton.
Ne parlons même pas de victoire!
Voilà pourquoi en général la première année pro se déroule, sauf exception, dans un quasi-anonymat. Le néo-professionnel se met au service de ses équipiers plus capés tout en apprenant à se familiariser avec le rythme des courses, les parcours et les distances supérieures à ce qu’il connaissait chez les espoirs. On dit qu’il « apprend le métier ».
Quelques places, un maillot distinctif et quelques bouquets glanés ça  et là suffisent amplement à son bonheur et à le remplir de motivation pour les saisons suivantes (car le néo-pro est persuadé au fond de son cœur qu’il sera coureur cycliste pendant au moins dix ans !)
La deuxième année, les choses se corsent et l’affaire devient sérieuse, la pression fait son apparition en même temps que le désir de bien faire.
Le manager de l’équipe et son bras droit le Directeur Sportif vont exiger davantage du coureur : plus de présence, plus de poids sur les courses, plus de jours de courses, plus de tout !
Là, c’est l’année où jamais pour le coureur de montrer l’étendue de ses capacités, quelles soient collectives ou individuelles.
Il doit s’imposer dans sa propre équipe, prendre des responsabilités et réussir à conclure par une victoire dès qu’une ouverture se présente à lui.
Il doit avoir en tête que de cette deuxième saison chez les pros dépend pour beaucoup la suite de sa carrière et une amélioration substantielle de sa valeur financière.
Il ne doit pas toutefois se soucier outre mesure de ce problème puisque son Agent est là pour l’assister dans les négociations visant à prolonger son contrat au sein de son équipe où à étudier toutes les propositions externes.
Le coureur doit se concentrer sur l’essentiel de son métier qui est de courir et si possible de gagner !
Il doit toutefois éviter le piège qui consiste souvent à « en faire trop » : trop de courses, trop de déplacements inutiles, trop d’entraînements, ce qui aboutit immanquablement à l’effet contraire à  celui recherché ! Le mieux est l’ennemi du bien dit-on…
Lors de sa carrière professionnelle le coureur fera la connaissance, à un moment ou un autre, d’une partenaire avec laquelle il devra compter : Je veux ici parler d’une partenaire bien plus redoutable qu’une miss podium (!) : la blessure, légère ou plus sérieuse, due à une chute, un accident ou une faiblesse physique.
De la faculté à surmonter la blessure et ses conséquences dépend souvent la réussite d’une carrière pro. Combien de coureurs ont été opérés d’une fracture du bassin ou d’une hernie discale, sont revenus dans le peloton et ont gagné de belles courses alors que l’on croyait qu’ils étaient perdus pour le vélo ?
Dans les moments d’arrêts, où l’on est en prise au doute, il est bon d’être soutenu par un Agent qui croit en vous et fait tout pour que vous retrouviez votre place et votre rang au plus vite en essayant de vous épargner des soucis domestiques et financiers.
Le coureur plein de promesses n’hésite pas à recourir à un entraîneur, un ostéopathe, un préparateur physique et quelquefois mental mais il a peur de s’attacher les services d’un Agent qualifié pour l’assister dans ses démarches tout au long de son éventuelle carrière pro.
A ses côtés pour rechercher, étudier et concrétiser au mieux une proposition de contrat pro, il est le seul à pouvoir véritablement le conseiller, l’assister et l’accompagner dans sa démarche.
Agissant dans un cadre légal (contrat type fédéral fixant sa mission et le montant des honoraires auquel il peut prétendre) l’Agent est dans le cyclisme moderne l’outil indispensable que doit posséder tout coureur, qu’il soit professionnel ou aspire à le devenir.
C’est plus qu’une relation professionnelle, c’est un confident, un appui solide et un ami sincère qui ne vous laissera pas tomber.
Le coureur fait la valeur de son Agent mais inversement l’Agent fait aussi la valeur de son coureur.
L’Agent ne peut gagner beaucoup d’argent que si le coureur en gagne beaucoup aussi.
Leurs sorts sont liés dès la signature du contrat.
Ils forment une vraie équipe !
Un binôme de choc pendant deux années ou plus si affinités !
La relation entre un Agent et son client doit être une relation de confiance : l’Agent doit se « défoncer » pour le coureur qu’il a sous contrat, exiger et essayer d’obtenir ce qu’il y a de mieux pour lui. Le coureur lui devra se comporter en professionnel : s’il donne satisfaction à son employeur sa valeur marchande augmentera tout comme le prestige de son Agent.
C’est une relation de symbiose.
                                                                                  Michel FENDIKLIAN